La brucellose bovine est une maladie infectieuse bactérienne qui occupe une place centrale dans la santé animale et la santé publique mondiale. Causée par Brucella abortus, une bactérie appartenant au genre Brucella, elle affecte principalement les bovins, mais peut également toucher d’autres espèces animales ainsi que l’Homme. Zoonose à déclaration obligatoire, elle représente un défi sanitaire, économique et réglementaire majeur pour les éleveurs, les vétérinaires et les autorités compétentes.
Qu’est-ce que la brucellose bovine ?
Aussi connue sous le nom de maladie de Bang — en référence au vétérinaire danois Bernhard Bang qui isola Brucella abortus en 1897 —, la brucellose est une maladie infectieuse contagieuse due à des bactéries du genre Brucella. Chez les bovins, l’espèce pathogène principale est Brucella abortus, mais d’autres biovars peuvent être impliqués selon les contextes épidémiologiques régionaux. Les informations relatives à cette maladie bang sont essentielles pour les professionnels de l’élevage.
La maladie figure parmi les pathologies listées par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA) dans le Code sanitaire pour les animaux terrestres, ce qui implique une notification obligatoire à l’échelle internationale. Elle est également connue sous le nom de fièvre de Malte chez l’Homme, bien que ce terme désigne plus spécifiquement la forme humaine liée à Brucella melitensis. Cette brucellose maladie, parfois appelée fievre malte dans le contexte humain, représente une préoccupation majeure de santé publique.
Sa particularité réside dans sa double dimension : d’un côté, une maladie très contagieuse pour les animaux d’élevage avec un impact économique important ; de l’autre, une zoonose grave pour l’Homme, se transmettant notamment par contact avec des animaux infectés ou par ingestion de produits laitiers non pasteurisés.
Les espèces animales concernées

Si la brucellose bovine concerne en premier lieu les bovins, le genre Brucella infecte un spectre d’hôtes bien plus large. On retrouve ainsi des formes spécifiques chez les ovins et caprins (B. melitensis), les bovins et porcs (B. suis pour les porcins), les équidés, les camélidés (chameaux, alpagas, lamas), ainsi que certains mammifères marins comme les dauphins et les phoques (B. ceti et B. pinnipedialis). Ces différentes maladies brucelloses affectent des espèces variées et présentent des spécificités importantes en termes de diagnostic et de prévention.
Cette polyvalence d’hôtes complique considérablement la gestion épidémiologique, notamment dans les zones où les ruminants domestiques côtoient la faune sauvage. Les ruminants sauvages tels que les bisons, les cervidés ou encore les sangliers constituent en effet des réservoirs potentiels et peuvent être à l’origine de recontaminations de troupeaux domestiques considérés comme indemnes.
Chez les chiens, une forme spécifique (Brucella canis) existe également, bien que son impact économique soit moindre. La vigilance doit toutefois être maintenue dans les élevages mixtes ou les fermes avec animaux de compagnie.
Symptômes chez les bovins

Les signes cliniques de la brucellose bovine sont polymorphes et parfois discrets, ce qui rend le diagnostic clinique seul insuffisant. Le symptôme le plus caractéristique est l’avortement épizootique, survenant le plus souvent dans le dernier tiers de la gestation (entre le 5e et le 9e mois). Ces avortements peuvent toucher simultanément plusieurs vaches d’un même troupeau, créant ainsi des vagues épizootiques.
Parmi les autres manifestations cliniques, on peut observer :
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Rétention placentaire après mise bas ou avortement
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Mammites chroniques entraînant une réduction de la production laitière
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Orchite et épididymite chez les mâles, causant des troubles de la fertilité
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Hygromas articulaires, notamment au niveau des genoux et des jarrets
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Gonflements des ganglions lymphatiques régionaux
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Fièvre intermittente lors de la phase bactériémique
Il est important de souligner que l’évolution de la maladie est souvent latente : de nombreux animaux infectés ne présentent pas de symptômes visibles mais continuent d’excréter la bactérie, contribuant ainsi à la diffusion silencieuse de l’infection au sein du troupeau. Cette particularité rend indispensable un dépistage systématique.

Modes de transmission et propagation
La transmission de la brucellose bovine repose principalement sur l’excrétion bactérienne par les animaux infectés. Les voies d’excrétion les plus importantes sont :
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Les produits d’avortement (fœtus, placenta, liquides fœtaux), qui contiennent des concentrations bactériennes considérables
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Les sécrétions vaginales pendant et après la mise bas
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Le lait d’animaux en lactation infectés
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La semence des taureaux infectés, représentant un risque majeur lors de l’insémination artificielle avec des semences non contrôlées
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Les urines et les fèces, dans une moindre mesure
La contamination se produit principalement par voie digestive (ingestion de fourrage contaminé, léchage de surfaces souillées), par voie muqueuse ou cutanée lors de contacts directs avec des matières contaminées. Les animaux nouvellement introduits dans un troupeau constituent un risque majeur si leur statut sanitaire n’est pas vérifié en amont. La bactérie peut survivre plusieurs mois dans l’environnement, notamment dans les matières organiques humides, les litières ou les eaux stagnantes, ce qui renforce les risques de contamination indirecte.
Impact économique pour les éleveurs
La brucellose bovine engendre des pertes économiques considérables, directes et indirectes. Les pertes directes incluent la mortalité des veaux, les avortements répétés, la baisse de la production laitière et les coûts vétérinaires liés aux traitements et aux diagnostics. À titre indicatif, une vache qui avorte représente la perte d’un veau, mais aussi le coût de la gestation et le manque à gagner sur la production laitière associée.
Les pertes indirectes sont tout aussi significatives : un troupeau reconnu infecté perd immédiatement son statut sanitaire, ce qui entraîne l’interdiction de mouvements d’animaux vivants et une mise sous séquestre de l’exploitation. Les animaux ne peuvent plus être commercialisés librement, et les échanges intracommunautaires deviennent soumis à des tests préalables coûteux. Pour les filières laitières, la perte du statut peut conduire à la suspension de la collecte de lait.
Au niveau national, la perte du statut officiellement indemne a des répercussions bien au-delà de l’exploitation concernée : elle peut bloquer les exportations d’animaux vivants et de produits d’origine animale pour l’ensemble d’une région ou d’un pays, avec des conséquences économiques massives pour toute une filière.
Situation épidémiologique en France et en Europe
La France bénéficie du statut officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, un statut accordé par la Commission européenne et soumis à des contrôles réguliers. Ce résultat est le fruit de décennies de surveillance, de prophylaxie systématique et d’abattage des animaux infectés. En parallèle, la France a obtenu le statut indemne pour les ovins et caprins en 2021.

Cependant, la vigilance reste de mise. En 2012, deux foyers de brucellose bovine avaient été confirmés dans le département de la Haute-Savoie, liés à des contacts avec des bouquetins des Alpes porteurs de Brucella melitensis. En 2021, un nouveau foyer a été confirmé dans une exploitation laitière de Haute-Savoie, suite à un contrôle sur le lait du troupeau. Ces événements rappellent que la proximité avec la faune sauvage constitue un facteur de risque persistant, même dans un pays officiellement indemne.
À l’échelle mondiale, la brucellose demeure très répandue en Afrique subsaharienne, en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Amérique latine, où les programmes d’éradication sont plus difficiles à mettre en œuvre. Dans les pays en développement, elle représente l’une des principales causes de réduction de la production animale et affecte directement les moyens de subsistance des éleveurs.
Diagnostic et dépistage
Le diagnostic de la brucellose bovine repose sur une combinaison de méthodes sérologiques, bactériologiques et moléculaires, dont les informations détaillées sont essentielles pour les vétérinaires et les responsables sanitaires. Les tests sérologiques les plus utilisés sont :
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Le test à l’antigène tamponné (TAT) ou test de rose bengale, utilisé en dépistage de première intention en raison de sa simplicité et de son faible coût
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La réaction de fixation du complément (RFC), utilisée en test de confirmation
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Les ELISA indirects ou de compétition, offrant une bonne sensibilité et spécificité
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Le test de l’anneau sur le lait (TAL), permettant le dépistage sur des échantillons de lait de tank dans les troupeaux laitiers
La culture bactériologique (isolement de Brucella abortus) reste la méthode de référence, notamment à partir des produits d’avortement. Elle nécessite des laboratoires spécialisés en raison du classement de la bactérie en agent pathogène de classe 3. La PCR permet également une identification rapide et précise de l’espèce bactérienne, ce qui est utile pour orienter les enquêtes épidémiologiques. Les plans de prophylaxie organisés par les GDS (Groupements de Défense Sanitaire) prévoient des dépistages réguliers dans les élevages bovins selon les protocoles définis par la réglementation nationale et européenne.
Prophylaxie et vaccination
La prévention de la brucellose bovine repose sur plusieurs piliers complémentaires. La vaccination constitue l’un des outils les plus efficaces dans les zones d’enzootie. Le vaccin le plus utilisé est le vaccin souche 19 (S19), un vaccin vivant atténué administré aux génisses entre 3 et 6 mois. Une souche alternative, la RB51, présente l’avantage de ne pas interférer avec les tests sérologiques classiques.
En France, la vaccination n’est plus pratiquée depuis l’obtention du statut indemne. La stratégie repose désormais sur la surveillance sérologique systématique, les contrôles aux mouvements d’animaux et l’abattage immédiat des animaux positifs. Dans les zones à risque faunistique, comme la région alpine, des mesures spécifiques de gestion de l’interface faune sauvage – élevage domestique sont également mises en place.
Réglementation et identification des animaux
La réglementation identification et le contrôle des mouvements d’animaux vivants constituent des éléments clés de la lutte contre la brucellose. En Europe, tout bovin doit être identifié par deux boucles auriculaires et enregistré dans une base de données nationale. Tout mouvement inter-exploitation est soumis à une déclaration et, selon le contexte sanitaire, à des tests préalables. Les généralités relatives aux normes d’identification sont strictement appliquées pour assurer la traçabilité.
La réglementation européenne (règlement UE 2016/429 et actes délégués associés) impose des conditions strictes pour les échanges intracommunautaires d’animaux vivants : les bovins doivent provenir d’exploitations indemnes de brucellose et avoir été testés négatifs dans les délais réglementaires. Pour les pays tiers, des certificats sanitaires spécifiques sont exigés.
En France, le dispositif de surveillance est organisé sous la coordination de la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL) et des directions départementales chargées de la protection des populations (DDPP), avec le soutien des GDS et des laboratoires vétérinaires départementaux. L’action GDS est centrale dans la collecte de données épidémiologiques, la coordination des prophylaxies et l’accompagnement des éleveurs en cas de suspicion.
La brucellose bovine chez l’Homme
La brucellose humaine est contractée principalement par trois voies : l’ingestion de lait cru ou de produits laitiers non pasteurisés provenant d’animaux infectés (fromages frais notamment), le contact direct avec des animaux infectés ou leurs produits (manipulation de placentas, d’avortons, de carcasses) et, plus rarement, l’inhalation d’aérosols contaminés dans les abattoirs ou les laboratoires vétérinaires.
Chez l’Homme, la maladie se manifeste par une fièvre ondulante caractéristique, des sueurs nocturnes abondantes, des douleurs articulaires et musculaires intenses, ainsi qu’une fatigue profonde pouvant durer plusieurs mois. Sans traitement adapté, la brucellose humaine peut évoluer vers des formes chroniques invalidantes touchant le système ostéoarticulaire, cardiovasculaire ou neurologique. Le traitement repose sur une antibiothérapie prolongée combinant deux antibiotiques (doxycycline + rifampicine ou streptomycine).
Les professionnels agricoles (éleveurs, vétérinaires, personnels d’abattoir) sont les plus exposés et doivent bénéficier de formations sur les bonnes pratiques de biosécurité : port de gants lors des vêlages, hygiène stricte des mains, évitement du contact direct avec les produits d’avortement sans équipement de protection individuelle.
Biosécurité en élevage : mesures pratiques
La prévention de l’introduction de la brucellose dans un élevage indemne repose sur un ensemble de mesures de biosécurité rigoureuses et cohérentes :
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Quarantaine systématique de tout animal nouvellement introduit, avec tests sérologiques avant toute mise en contact avec le troupeau
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Utilisation exclusive de semence certifiée indemne pour l’insémination artificielle, provenant de centres agréés
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Désinfection des bâtiments et du matériel après tout avortement ou mise bas
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Gestion rigoureuse des déchets biologiques (placentas, avortons) par enfouissement ou incinération selon les règles sanitaires en vigueur
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Limitation des contacts avec la faune sauvage par des clôtures adaptées et la sécurisation des points d’abreuvement
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Déclaration immédiate de tout avortement à son vétérinaire traitant, conformément à la réglementation en vigueur
La vigilance collective est indispensable : un seul animal infecté introduit dans un troupeau sain peut contaminer rapidement l’ensemble du cheptel, avec des conséquences sanitaires et économiques désastreuses pour l’exploitation et potentiellement pour l’ensemble du bassin d’élevage environnant.
Perspectives et enjeux futurs
Si les pays d’Europe occidentale ont largement maîtrisé la brucellose bovine grâce à des programmes d’éradication rigoureux, les défis restent nombreux. Le changement climatique, en modifiant les aires de répartition de la faune sauvage et les pratiques d’estive, pourrait créer de nouvelles opportunités de contact entre ruminants domestiques et sauvages porteurs de Brucella. Le cas des bouquetins des Alpes infectés par Brucella melitensis en Haute-Savoie illustre parfaitement ce risque persistant.
Par ailleurs, le développement du commerce international d’animaux vivants et de produits d’origine animale exige un renforcement constant des systèmes de surveillance et de certification. Les nouvelles technologies — PCR multiplex, tests sérologiques rapides sur le terrain, surveillance génomique des souches — offrent des perspectives prometteuses pour améliorer la rapidité et la précision du diagnostic.
La lutte contre la brucellose bovine illustre l’importance d’une approche One Health intégrant la santé animale, la santé humaine et la santé des écosystèmes. C’est dans cette logique globale que s’inscrivent les programmes de surveillance coordonnés entre les autorités vétérinaires, les éleveurs et les organisations professionnelles agricoles, pour maintenir et consolider les statuts indemnes chèrement acquis.